Dimanche 9 décembre : Au près

7h00

Vent de W / SW établit à 25/30 nœuds pendant la nuit. Ce matin un front froid actif avec grain de neige et rafales à 40 nœuds. Ce fort vent dans le nez rend la vie à bord très éprouvante. L’équipage est fatigué. Nous ne faisons pas la route directe pour Ushuaia que nous devrions atteindre d’ici une petite semaine.  Nous tirons des bords en faisant une route W/NW. Les conditions devraient s’améliorer d’ici quelques jours. Laura me fait remarquer que même les oiseaux ont déserté ce ciel aussi gris que la mer.

 

 

Le grain arrive



16h00
Le vent forcit. Les grains de neige succèdent au soleil. Comme à chaque fois le près nous fat souffrir.

 

 

Le vent va passer de 25 à 40 nds avec de la neige.

Jeudi 6 décembre : Possession Day

7h00 
Husvik se réveille. La sirène retentit. Les hommes de la base partent au travail. Il y a dix baleines à dépecer. Elles sont arrivées cette nuit avec les « whale catcher ». Les machines à vapeur se mettent en route pour actionner les scies qui vont découper le grand animal. La graisse va être fondue dans les boilers. L’odeur est forte et les oiseaux viennent à la curée profitant des déchets du découpage. Nous sommes en 1914 et l’Europe a besoin de cette huile pour les machines outils et de la glycérine pour les besoin de la guerre. Nous comprenons mieux  cette époque et le besoin de tuer ces bêtes. Aujourd’hui il ne reste que des vestiges.

 

 

Possession Bay, c'est ici que Cook a pris possession de l'ile au nom de la couronne britanique



9h00  
Nous quittons Husvik et naviguons vers Leith Harbour. Cette station est la plus impressionnante. Elle fut la plus importante. Elle croule comme ses voisines sous les amas de tôles rouillées. Il n’y a plus de sirène depuis 1969. Les bases se sont éteintes et les baleines on poussé un souffle de soulagement.
Nous hissons la grand voile et passé la pointe, le vent s’établit au NW 20/25 nds. Nous tirons des bords le long de la côte. Slalomons entre les récifs où la houle déferle. Humpback Rocks,  Turpie Rock. J’aime ces noms qui font l’histoire de la Géorgie. Le nom d’une baleine, celui d’un bateau.

 

 

La glace envahit le mouillage



12h00  
Nous faisons une escale pour le déjeuner. Nous posons l’ancre devant une plage de sable noir où a élu domicile une colonie de manchots Royaux. Les éléphants dorment et leurs voisins les otaries  se bagarrent. Les falaises noires surplombent cet endroit sauvage. Nous continuons notre navigation en direction de Possession Bay.
Fleur Australe tire des bords et saute les vagues. La côte défile. Nous longeons le Fortuna Glacier. Celui ci ne semble pas avoir reculé. Enigme !  Antarctic Bay avec au fond le Crean glacier.

 

 

Les enfants en profitent pour gouter à la joie d'une descente en luge



Possession Bay s’ouvre à nous.  C’est ici que Cook débarqua et pris possession de l’île en 1775 et la déclara Britannique. Nous retrouvons une mer plus calme. Il faut négocier le passage de la moraine. La passe se trouve au milieu mais elle est bien cachée au milieu du kelp. Une deuxième moraine moins profonde. Devant nous le Shackleton Gap. Seulement 5 kilomètres nous séparent de la côte au vent et de King Haakon Bay. C’est ici que Shackleton a écrit sa légende.

 

 

Laura dans les grains de neige



Nous mouillons au pied du glacier. Il gronde comme un métro qui rentre en station. La glace s’écroule dans la mer et une vague déferle emportant avec elle les glaçons. La Fleur repose  au milieu d’une parure de mille diamants qui scintillent.

 

 

En bas la fleur à trouver refuge au milieu du kelp

Mardi 4 décembre: Grytviken.

4h30  Nous quittons Océan Harbour. Le cri des otaries résonne dans la baie. C’est un véritable concert dans cet auditorium avec les hautes parois verticales qui nous renvoie ce son propre  aux baies de la Géorgie. Le vent est calme. Nous longeons la côte en slalomant entre les bancs de kelp (algue),  les récifs et les icebergs échoués. Nous empruntons le Melton Passage entre le rocher Right Whale (baleine franche) et la côte. La houle brise sur les récifs.

7h00 Nous mouillons à Grytviken. La base se réveille. La seule voiture de l’ile, une Land Rover toute cabossée, fait des allers-retours entre les entrepôts et les habitations. Tout le monde s’active. Il faut beaucoup de monde pour faire tourner une base. Entretien, réparation. Produire l’électricité, amener l’eau puisée à la montagne.

 

 

11h00 Nous avons rendez-vous avez Suzanne, chef de la base scientifique. Elle nous reçoit dans des locaux très modernes. Ici, est rassemblé l’ensemble du personnel, soit 24 personnes l’été et dix l’hiver. Ils sont trois scientifiques et quelques assistants.  Les autres membres sont le docteur, le cuisinier, l’électricien, le diéséliste. La vue est superbe sur le mont Paget. Ce matin il est bien présent, dégagé de tout nuage.

 

 

A la base scientifique en compagnie de Suzanne

 

 

Suzanne est responsable du secteur pêche. La Géorgie jouit d’une position favorable dans le courant Antarctique. Gràce à son plateau continental qui l’entoure, elle profite aux poissons qui se reproduisent facilement. Ils sont rassemblés dans la zone de la Géorgie et des Sandwitch du Sud. Il a donc fallu gérer ce  potentiel qui intéresse les pêcheurs. Les licences sont vendues à seulement 6 bateaux qui doivent respecter des périodes très précises pour la pêche. Elle s’effectue avec de très grandes lignes aux milliers d’hameçons qui sont mises à la mer et dans des fonds supérieurs à 700 mètres, de façon à ne prendre que les plus vieux poissons, alors que les plus jeunes se trouvent dans des eaux moins profondes et ont ainsi le temps de grandir et de se reproduire. C’est en étudiant tous ces paramètres que l’on a pu établir des règles pour gérer le stock de poisson. Sur chaque bateau, il y a un scientifique et un observateur, qui surveillent les prises et prennent quelques spécimens qui sont ensuite étudiés à la base. Suzanne nous explique qu’elle étudie l’âge du poisson en analysant l’os de l’oreille. Elle regarde ce que mange le poisson, son poids, sa taille. Elle nous montre un spécimen de plus d’un mètre de long (Tooth fish)). Une belle bête ! Ils sont principalement exportés pour la vente aux Etats-Unis sous le nom de Antarctique Chilien Sea Bas.

 

 

Devant le Tooth fish, poisson des grandes profondeurs

 

 

Elle nous montre aussi un bocal renfermant du krill. Cette petite crevette, qui née en Péninsule Antarctique, est transportée par le courant et alimente la plus part des espèces d’oiseaux et mammifères qui occupent l’ile, notamment la baleine. Ce krill est le véritable indicateur de la bonne forme des manchots par exemple. Une mauvaise année avec peu de krill, et des poussins qui ne survivront pas car mal nourrit par leurs parents. Il en va de  même pour les otaries. Je l’interroge sur le réchauffement climatique et la fonte des glaciers. Elle m’explique que cela fait partie de leurs études et que le constat est significatif : le Neumayer glacier à titre d’exemple recule de 1mètre chaque jour.

 

Marion se passionne pour l'observation au microscope

 

 

 

 

Les enfants écoutent avec attention les explications. Marion dessine une crevette, une araignée des mers et un poisson sur son cahier de journaliste en herbe. Laura demande ce que mange ce gros poisson.

 

Laura devant les bocaux de krill et de larve de poisson

 

13h00  Nous regagnons le bord et partons pour Husvik, une autre station baleinière abandonnée dans une baie à 20 milles. Husvik.  La vallée est profonde. Les otaries sont nombreuses avec des jeunes qui viennent de naitre et la station couleur rouille grince de toutes ses tôles sous les rafales du vent. Il règne ici une grande désolation et un parfum de fin du monde avec les bâtiments effondrés et le quai en ruine. Curieux paradoxe entre cette  vie abondante et les vestiges d’un passé qui a décimé le plus grand mammifère de la terre, la baleine. On ne peut que regretter cette époque où l’animal n’était vu que comme source de profit. Des milliers de baleines sont mortes ici pour servir d’huile d’éclairage, de cosmétiques, parfums ou encore d’apparat pour les jolies dames qui portaient des corsés bien serrés, tenus avec des fanons de baleine. Les otaries sont revenues en grand nombre, mais les baleines ont du mal à retrouver leur place d’antan. Leur gestation est bien plus longue.

 

Husvik,  station abandonnée

 

18 H00  Quelques flocons de neige volent avec le vent. A tribord un « whale catcher », le « Karrakatta », au sec sur son slipway. Son moteur au charbon a servit de machine à vapeur pour les ateliers. Il trône dans ce décor, statue de rouille qui résiste aux intempéries. Derrière nous, au large, deux gros icebergs brillent sous le soleil que la montagne n’a pas encore avalé.

 

DImanche 2 décembre : La Côte au vent

Nous relâchons du côté de Diaz Cove. La lumière est sublime. On aperçoit toute la chaîne montagneuse de la Géorgie, complètement enneigée. Sur la côte nous repérons une colonie de manchots papous, quelques skuas et des pétrels nous survolent. Ce coin fut rendu célèbre car Chay Blyth qui tentait en 1984, sur son trimaran Beefeater II, de battre le record de 89 jours détenu par le ship Flying Cloud entre New-York et San Franscico,  a chaviré au Cap Horn. Il fut secouru par un navire chilien avec avoir passé 27 heures sur la coque.

 

 

La glace peut vite envahir le mouillage

 

Son bateau dériva et fut retrouvé des années après ici à Diaz Cove. Philou me raconte que Jérôme Poncet, habitué à naviguer régulièrement en Géorgie du sud était quelque peu déçu car lorsqu’il arriva sur les lieux, un bateau était passé avant lui pour visiter l’épave et récupérer le matériel.
L’eau est recouverte de glace, des growlers détachés du glacier qui se trouve à proximité. Ce mouillage est dangereux car on peut très vite se faire enfermé par la glace. Cette fois-ci ce n’est pas la banquise qui nous menacent mais les growlers.

 

 

La montagne percée



13h00
Nous levons l’ancre, poursuivons jusqu’au Novosilski glacier qui remonte jusqu’au mont Paterson. Nous apercevons Annenkov Island. La visibilité est incroyable, on voit toute la Géorgie du sud.

 

 

Côte ouest de la Géorgie


17h00
Bref arrêt à NorthHull. Aux jumelles nous observons notre albatros, fidèle au poste, il se dort la pilule au soleil. Le ciel est totalement dégagé. Il fait grand beau et cela change tout. La Géorgie s’illumine d’un coup de baguette magique. Les enfants retrouvent le sourire après une semaine de grisaille.

18h00
La route vers le sud n’a rien à voir avec celle effectuée à l’allée, le soleil brille de tous ses feux et nous avons une visibilité très lointaine. La côte sous le vent est superbe et nous en profitons, la montagne percée, les glaciers immaculés se succèdent, puis le Cap Disappointment, colossal bloc de granite, impérial, dressé vers le ciel bleu, sans l’ombre d’un nuage. Dès que l’on franchit le cap, le paysage change radicalement. La mer se calme, les montagnes sont moins blanches, c’est moins glaciaire.

 

 

Le ciel se dégage pour notre grand bonheur



19h00
Bref arrêt pour dîner dans un très joli mouillage sauvage. Nous profitons d’un très joli coucher de soleil. Sur la plage de sable noir nimbée de lumière dorée, les manchots grimpent sur les falaises enneigées tandis que d’autres barbotent sur le bord de la plage en compagnie de leurs amis les éléphants de mer. Nous poursuivons notre remontée vers la Nord. Le vent forcit…

 

 

Le calme au crépuscule

Samedi 8 décembre : En route pour Ushuaia

 

Lattitude  53°14 Sud
Longigitude  40°09 Ouest
Vent Sud-Ouest de 25 nds

 

Nous avons quitté la Géorgie hier soir. Un petit arrêt à l’abri des iles Welcome devenues pour l’occasion les îles Bye bye. Le bateau est à la cape, le temps de prendre un dernier repas à table, le bateau à peu près à plat.

 

 

A la manoeuvre dans le vent qui montesur le pont, dans des conditions difficiles,

 

 

Une fois les voiles hissées, trinquette et grand voile à 2 ris, nous avons attaqué la mer et la houle de face. Des cataractes d’eau se déversent sur le pont et submerge la timonerie. Les essuie-glaces marchent à fond car la glace est encore présente et nous devons veiller. La Géorgie est enveloppée dans un manteau de nuage. Les grains de neige se succèdent, nous la cachent un instant et elle réapparait dévoilant ses montagnes dentelées. Ses cols laissent passer une lueur dorée venue de l’autre versant, là-bas dans le sud. Le vent est fort. La Géorgie ne nous lâche pas facilement.

 

 Encore queqlues icebergs le long de la cote

 

Cette ile perdue dans le grand océan antarctique, se mérite. Si la traversée aller nous a épargné de ses tempêtes, le retour risque d’être plus dur. 1000 milles contre les vents et les courants pour atteindre Ushuaia. Huit à dix jours de mer. C’est le prix à payer pour découvrir la plus belle ile de l’hémisphère sud.

 

 

les enfants trouvent le rythme, malgré les conditions difficiles

 

Mercredi 5 décembre : Husvik

Les nuages filent dans le ciel. Le soleil joue à cache-cache avec les gros cumulus. Le vent souffle dans la vallée. Balade en semi-rigide pour admirer la vie des otaries. De la mer, nous pouvons nous approcher des colonies sans déranger l’organisation de ce petit monde. La famille est composée d’un mâle bien costaud qui garde femmes et enfants contre tout adversaire qui voudrait s’approprier le harem.

 

 

Le maitre, ses femmes et les nouveaux nés

 

Au début de la saison les mâles se disputent le bord de plage et se réservent un périmètre pour accueillir les femelles qui se feront charmer par le plus beau, le plus fort, le plus défensif  d’entre tous. Les autres qui n’auront pas pu acquérir un bout de plage au premier rang devront se contenter d’une place en second plan et seront  du même coup moins convoités par  les belles. Une fois leur place prise dans le harem, les femelles vont accoucher d’un petit au poil noir et presque duveteux.

 

 

 

Petit, mignon mais déjà agressif

 

Elles vont l’allaiter pendant plusieurs semaines avant de retourner en mer se nourrir et revenir à intervalle plus irrégulier. Le mâle, fatigué d’avoir combattu et défendu sa famille, se retrouve la plupart du temps dans un piteux état et beaucoup ne survivront pas aux blessures  occasionnées par les combats féroces.
Sur la plage les prédateurs que sont les pétrels géants et les skuas rodent en quête du placenta, d’un jeune un peu faible ou d’une mère souffrante. Les journées sont longues pour tout ce petit monde. Pas de répit la nuit. Seuls les jeunes s’endorment accrochés au sein de leur mère. Les mâles ne ferment pas l’œil et on comprend que la saison sera longue et rude.

 

 

Fleur Australe sous le regard des otaries



Sur la jetée en bois disloqué, les cormorans ont élu domicile.  Ils sont chez eux et personne ne peut plus venir les déranger, les planches se sont écroulées leur offrant une tranchée infranchissable par les otaries. Petit à petit les herbes ont poussé avec l’aide du guano. La colonie est calme. Pas de bataille. Chacun a trouvé sa place pour construire son nid. Le bon voisinage semble de mise. La femelle couve les œufs qui peuvent être au nombre de deux. Le mâle, surveille, arrange le nid par l’apport d’un brin de tusok (herbe) ou d’une plume trouvée non loin. Quelques solitaires font les beaux essayant d’attirer l’attention d’une jeune femelle.

 

 

Le Karrakatta trone dans les airs. Statue d'acier



La base n’est que rouille et enchevêtrement de tôle et tuyaux disloqués. L’accès est interdit pour cause de danger d’effondrement et de l’amiante qui peut voler avec le vent. Un peu à l’écart, la maison du chef de la base baleinière, qui fut ensuite occupée par  les scientifiques de British Antarctic Survey, est toujours pimpante, blanche et bien entretenue. A coté d’elle une  autre maison peinte en gris sert de dortoir pour les missions qui viennent ici pendant l’été. Son confort douillet contraste à coté de l’amas de ferraille de l’ancienne station baleinière.

 

 

Le col et devant nous le Neumayer glacier



13h00
Nous  débarquons sac sur le dos pour une longue excursion dans la montagne. Une fois franchi le premier barrage d’otarie, la progression devient plus facile. Il faut encore slalomer entre quelques juvéniles en mal d’amour et relégués en banlieue…
Les rennes sont nombreux et les jeunes de l’année sont de petits faons adorables qui tètent encore leur mère.
Les petites, Laura et Marion, sont courageuses et tiennent bon. Il faut grimper le long d’un torrent entre  les plaques de neige et les éboulis. Sur la route beaucoup de terriers de prions qui nichent. Quelques plumes témoignent de leur présence.

 

 

Oeil vif et bleu, l'oiseau est paisible pendant la couvaison


Nous arrivons au col après deux heures de marche. Il ne fait pas bien chaud avec le vent qui souffle fort. Nous trouvons un abri derrière des rochers pour profiter de la vue sur le Fjord et le glacier Neumayer. On aperçoit  le front du glacier et le mouillage où nous nous sommes arrêtés il y a quelques jours. La baie est désormais complètement couverte de glace. Il doit être impossible d’y accéder. Devant nous les restes d’un ancien lac du temps où le glacier barrait encore la vallée. Son retrait a libéré l’eau du lac et il ne reste que les différents niveaux  inscrits en lignes parallèles sur les flancs de la montagne. Il temps de regagner le bord car le ciel s’assombrit et les grains nous fouettent le visage.

 

 

Les cormorans sur la jeté, au milieu des chaines

 

 

Laura en pleine descente

Lundi 3 décembre : Gold Harbour

Minuit
Navigation de nuit pour revenir vers le nord. A la sortie du Cooper Sound, le vent se lève. Plus de 30 nœuds de face avec mer formée. On renvoie la grand voile à deux ris, tirons des bords. Beaucoup d’icebergs, plus de 10 repérés au radar dans un rayon de 3 miles. Philou évite de près un growler, qu’il repère au dernier moment grâce au projecteur placé à l’avant.

 

 

Rencontre phantomatique d'un iceberg



2h00
Nous relâchons à Gold Harbour. Il y a de moins en moins de nuit et plus du tout de nuit noire. Le glacier se dessine dans la pénombre.

 

 

La mer scintille



7h00
Ce matin, le capitaine s’est fait réveiller par un bruit étrange, un petit clapotement sur la coque.  Un fantôme des mers du Sud qui  voudrait s’inviter à bord ? Non, il a eu la bonne surprise de découvrir qu’il s’agissait de chionis (petits pigeons blancs) qui en guise de souvenir nous avaient laissés quelques délicates offrandes sur le roof.

11h00
Nous débarquons et grimpons tout en haut de la montagne d’où une vue imprenable sur la plage de sable noir entièrement recouverte de milliers de manchots et de nombreux éléphants de mer. On a bien du mal à se frayer un passage au milieu de tout ce beau monde. Ca sent très fort et la bande son est impressionnante. Ca hurle, ça pète, ça rote ! Ce qui amuse beaucoup nos petites demoiselles. Du sommet nous pouvons observer différents icebergs noyés dans la brume. Ils flottent, aériens, sur un nuage cotonneux. Fleur Australe est resplendissante dans un halo de brume horizontale, bien dessinée alors qu’en haut le ciel est parfaitement bleu. Quelques pestes d’otaries nous barrent la route lorsque nous regagnons le rivage.

 

 

Gold harbour et ses milliers de Manchots Royaux



14h00
Après-midi studieuse, dérushage, bricolage. Les petites profitent de ces conditions clémentes pour s’amuser sur le pont et aider leur papa à nettoyer les dégâts causés par les chionis.

 

 

Gold harbour et ses bancs de brume



16h00
Nous reprenons la route vers le nord. Visibilité à moins de 100 mètres, vent faible. Nous sommes plongés dans la brume. Petit à petit le ciel s’éclaircie pour virer au bleu. Seule une large bande de brume subsiste et semble envelopper les icebergs d’un nuage de douceur. Le vent forcit, nous l’avons de face. Il faut tirer des bords entre les icebergs et les growlers pour atteindre notre mouillage, Océan Harbour où nous relâcherons pour la nuit.

 

 

Nuit calme ! Pas pour longtemps. Les caprices de la météo autour de l'ile et dans quelques instants 30 nds de face...

Samedi 1er décembre: d'un mouillage à l'autre

Il pleut à verse et le paysage est bien triste ce matin. Même les oiseaux ne volent plus et les oiseaux sur la plage aussi noire que le temps, ont l’air maussade. Pour égayer la journée, ce matin nous avons fait une crêpe party avant que les petites commencent l’école. Il fait très humide avec beaucoup de condensation dans le bateau. Dehors le vent souffle fort. Les sommets enneigés ont la tête dans la brume et Fleur Australe tournoie doucement au grès d’Eole. Une langue de glace bleutée a bien du mal à rejoindre la mer, le temps l’a éloigné de son but et aujourd’hui c’est sur la plage qu’elle vient mourir. C’est une journée à ne pas mettre le nez dehors.

 

Cap Disappointement

 

La côte au vent de la Géorgie, la côte ouest, qui s’étend du nord au sud, a été déclarée zone de non débarquement. Cela a été fait dans le but de préserver ces zones sensibles encore intactes, et d’y éviter l’introduction d’animaux, comme le rat, et aussi des plantes étrangères. Le tourisme gagnant l’ile, avec la visite de petits paquebots qui font un circuit entre les Falkland, la Géorgie et l’Antarctique, les autorités ont préféré interdire ces zones pour limiter le risque. (Même si peu de navires s’aventurent dans le Sud de l’ile, jugé trop périlleux, ils se contentent  pour la plupart de sillonner la côte sous le vent.)

 

découverte de très beaux mouillages

 

Nous en payons les frais et il nous est donc interdit de débarquer. Nous profitons néanmoins de la possibilité de mouiller dans les quelques rares abris précaires qui se trouve sur cette cote. Nous sommes aux aguets avec le vent, surveillons le baromètre et observons le ciel pour déceler les signes annonciateurs de vent fort et de tempête. Les mouillages sont exposés au vent mais surtout à la houle du grand sud. Les conditions sont difficiles, le temps est pluvieux ou neigeux et rares sont les éclaircies. Quand le soleil, ou simplement quelques-uns de ses rayons viennent caresser la cote enneigée et sauvage, nous avons l’impression d’être récompensés des efforts que nous avons fourni pour arriver jusque dans ce décor du bout du monde.

 

Des stalactites sur les cordages, T° en dessous de zéro!

 

Nous sommes seuls sur cette grande côte, entourés de pics acérés recouverts de glace comme des  fleurs blanches et en contrebas des glaciers qui plongent dans la mer. Les animaux sont là dans ce décor merveilleux, vaquant nuit et jour, poursuivant le dur labeur de la reproduction.

 

des mouillages à couper le souffle

 

Les hommes, qui au 18ème siècle, ont arpenté cette cote en quête d’éléphants de mer et de phoques,  l’ont fait à bord de chaloupe à voile et à rame. Ils partaient plusieurs jours, plusieurs semaines à bord de leur frêle esquif, dormaient sur les plages, sous leur barque renversée et vivaient donc dans des conditions très dures. Ils faisaient fondre la graisse d’éléphants de mer dans de grandes marmites, appelé trypot, que l’on retrouve encore dans quelques baies. Ils dépeçaient les otaries pour leurs peaux. Un bateau, un peu plus grand, passait quand le temps le permettait et récupérait l’huile et les peaux et quelque fois les hommes affamés, transits par le froid. Voilà ce que nous sommes venus voir, sentir et découvrir.

 

Nous explorons les mouillages en semi-rigide

 

16h00: Nous levons l’ancre en direction d’un autre mouillage à quelques milles. La pluie a cessé. Le temps semble s’améliorer.

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