Jeudi 27 décembre : Vers Puerto Natales

Nous avons quitté Caleta Canasaka, Eugenio et Ester avec un petit pincement au cœur. Des gens chaleureux qui nous ont offerts leur vie pendant quelques jours. Tout le monde à une bonne tête, les chevaux, les chiens, les moutons et même les poules. De la liberté pour tout le monde, et un endroit de toute beauté. Merci à vous deux.

 

 

Caleta Coloane


Il faut reprendre la route vers le nord, vers Puerto Natales. Nous empruntons le bras sud du Canal de Beagle. Celui ci n’est ouvert à la navigation que depuis 2001. Son accès était interdit car les chiliens n’autorisaient qu’une route pour remonter dans ces canaux. L’Argentine n’est pas loin, et pendant de nombreuses années, il y a eu de la rivalité, des convoitises et il était plus facile de surveiller un seul passage. A la demande de quelques navigateurs, on a ouvert le passage et l’on peut aujourd’hui jouir des beautés qui jalonnent ce canal sud. De longs fjords s’enfoncent dans la roche de granit et les glaciers qui jaillissent des sommets se déversent jusqu’à la mer.

 

 

Canal Beagle, bras sud

 

C’est un mélange de forêt tropicale, d’herbes folles, de mousse, d’arbres enchevêtrés, de roches lisses, grises, brunes, polies par les glaciers, des cascades qui dévalent les falaises par milliers, et au milieu de cet écrin, jaillit la blancheur d’un glacier, venu d’on ne sait où. Les sommets sont dans les nuages et la pluie ne cesse d’alimenter cette nature débordante. Les criques sont nombreuses, il faut se faufiler à travers les ilots où s’échappent les canards  que l’on appel « pato vapor », car ils ne volent pas et tournent les ailes comme des bateaux vapeurs quand ils courent sur l’eau pour échapper au mauvais voisin ou au bateau qui passe.

 

 

Fleur Australe est venue s'abreuver au torrent



21h00

Nous quittons le fjord aux milles cascades. C’est une brèche dans l’extrémité de l’ile, longue et profonde où s’écoulent des cascades comme des fils que l’on aurait suspendus aux nuages qui enveloppent les pics enneigés. Fleur Australe, comme un cheval qui vient s’abreuver à un torrent, pointe son étrave dans le tourbillon de l’eau qui dévale la paroi. Loup tend la main pour effleurer le jet puissant de cette eau fraiche et pure venue des cieux. Notre silhouette se reflète dans le miroir de l’eau et vient se confondre avec les sommets des montagnes. Au fond un glacier vêle quelques minuscules icebergs qui s’en vont flotter au grès du courant. Dehors la lumière du soir naissante embrase les iles perdues qui s’en vont dans les eaux du Pacifique. Il est là le grand Océan. Il nous tend les bras.

 

 

Au pied de la cascade

 

Il vient jusqu’ici déverser ses vagues géantes sur ces rochers du bout du monde. Pas un bateau n’oserait s’aventurer dans ce maelstrom où déferle les plus grosses vagues du monde. La longue houle du Pacifique vient se briser et emporte avec elles ses épaves arrachées aux tempêtes. Fleur Australe s’enfonce dans la baie de Cook pour échapper au monstre. Ici les iles portent le nom des grands explorateurs, Darwin, Cook, Stewart, O’Brien. Nous échappons au tumulte et partons nous protéger au milieu de ces milliers d’iles. La nuit tombe doucement et nous enveloppe dans ces lumières d’un autre monde. La lune gironde illumine les sommets et nous guide avec son reflet d’argent.  Nous sommes au cœur de la nature la plus sauvage que l’on puisse imaginer. Pas âme qui vive sur des milliers de kilomètres. Au détour d’une baie, on aperçoit la silhouette d’un indien à jamais disparu.

 

 


 

Laura admire le paysage

 

 

Le fjord aux milles cascades

 

 

Le reflet dans l'eau du fjord

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