Mercredi 9 janvier : Dans les canaux

08h00

Nous levons l’ancre et appareillons. Le vent souffle fort dès que nous sortons de Puerto Natales. Un gros coup de vent est annoncé pour demain. Nous ferons sans doute un arrêt en attendant que ça se calme. Il a été bien difficile de se ravitailler hier à Puerto Natales. Les étals d’épiciers sont vides, quelques kiwis avariés se battent en duel à côté d’un demi chou moisi. Ils n’ont pas été livrés depuis deux semaines car les Mapuches qui veulent récupérer leurs terres ancestrales au sud du rio Bio Bio dans la région des Lacs protestent, bloquent les routes et incendient les véhicules. Voilà pourquoi les épiciers n’ont pas été approvisionnés car tout vient de Santiago.

Les Mapuches sont le principal groupe indigène du Chili. C’est la première et la seule nation  indigène du pays dont la souveraineté et l’indépendance ont été juridiquement reconnues au terme d’une lutte qui a duré des générations. Originaires de ce qui est toujours l’Araucanie, les Mapuches n’ont échappé à l’impérialisme Inca que pour subir pendant 300 ans les attaques du royaume d’Espagne et résister aujourd’hui encore aux prétentions de l’Etat chilien. Ils ont utilisé le rio Bio Bio comme une frontière naturelle contre les envahisseurs et ont ainsi résisté à la colonisation jusqu’au 20ème siècle. Ils sont les artisans de la plus longue et de la plus difficile résistance indienne du continent américain. Au terme de cette lutte les 100 000 km² de leur vaste territoire se sont vus réduits à 5000 km² de « reducciones » (zone de peuplement). Malgré le traité de Killin conclu en 1641 avec l’Empire espagnol pour renforcer l’autonomie territoriale des Mapuches, cette population est menacée d’extinction tant physique que culturelle. A la fin des années 1800, les armées chiliennes et argentines ont massacré 100000 d’entre eux. Depuis le retour de la démocratie en 1989, le peuple Mapuche a remporté quelques succès minimes dans sa longue lutte pour obtenir réparations et récupérer ses terres, mais de puissants intérêts commerciaux ont réussi à annuler un grand nombre des décisions de justice leur accordant des parcelles de terre.

Aujourd’hui on les oblige à se fixer dans les grands centres urbains. Lorsque je me renseigne pour savoir si je peux réaliser une interview d’un de leurs chefs, j’apprends qu’en 2008 deux réalisateurs français ont été arrêtés par la police pour avoir parlé à un dirigeant mapuche. Plusieurs organisations de défenses des droits de l’homme dénoncent la politique d’assimilation forcée et il y a de nombreuses manifestations à Temuco. Dépossédés de la plupart de leurs terres ancestrales, les Mapuches vivotent grâce à l’agriculture et l’artisanat, mais ils se battent pour défendre leur patrimoine culturel et cultuel. Ils ont préservé leur langue, leur religion. J’espère qu’ils pourront un jour gagner leur liberté et leur dépendance contre l’Etat chilien.

 


13h00

Nous empruntons le canal Santa Maria c’est un passage resserré avec beaucoup de courant, il y a un fort vent de 30 nœuds avec des rafales à 40. Nous sommes au près et nous zigzaguons dans les canaux.

 

Les canaux ont repri leur parure de gris et de pluie.

 

Les filles s'inquiètent de la prochaine destination

 

Les williwaws dévalent les pentes et font trembler Fleur Australe. Il pleut.

 

Les essuis glaces, objet indispensable dans cette partie du monde...

 

Un albatros sourcil noir a bravé la tempête et vient se perdre par ici. Loup, le pâtissier du bord, prépare une galette des rois, tandis que sa sœur Laura l’assiste et fait la vaisselle.

 

La galette des rois, une tradition à bord de Fleur Australe

 

Nous croisons des bateaux pêches.

 

Les bateaux de pêche, nos voisins du soir.

 


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