Samedi 12 janvier : Beau temps sur la cordillère

Hier 20h00.  Les grains se succèdent nous apportant pluie et vent fort. Rien de bon pour s’engager dans la prochaine section de canaux qui est exposée au vent de Nord-Ouest. Nous devons franchir une passe étroite, l’Angostura Guia, large de quelques dizaines de mètre où le courant est très fort. Philou nous prévient que ce n’est pas gagné et qu’il  décidera une fois sur place. Le courant est contre nous et  nous essayons de lutter pour passer le détroit. La vitesse sur le fond diminue, et ce n’est qu’à 3 nœuds à peine que Fleur Australe s’engage entre une pointe rocheuse et un ilot. La mer est blanche devant nous et les vagues brisent en de petites déferlantes. Le verdict est rapide, il vaut mieux rebrousser chemin et trouver un abri pour la nuit.

 

l’Angostura Guia, passage difficile, va nous bloquer pour la nuit

 

C’est à dix nœuds que la Fleur vole sur le flot qui la renvoie sur son chemin. Philou repère une petite crique entre des ilots, un œil sur le sondeur, la main sur la barre, très concentré car les récifs sont proches, le vent fort et le courant crée encore quelques remous. A peine quelques mètres de chaque coté du bateau, un mètre sous la quille, il faut être attentif et éviter une embardée qui nous serait fatale. Nous mouillons par 20 mètres de fond et portons une amarre à terre par sécurité. Les nuages défilent comme des chevaux au galop et l’on aperçoit la mer toute blanche entre les ilots. La pluie ne s’arrête pas.

 

Les monts s'enchevêtrent à perte de vue


4H00  Il fait encore nuit, mais le capitaine  réveille Ernesto pour lever l’ancre. C’est à la lueur du projecteur qui illumine la baie, que nous détachons l’amarre portée à terre autour d’un arbre. Nous sommes dans un décor de cinéma. Le faisceau éclaire les arbres qui plongent dans l’eau. Quelques dauphins profitent du spectacle et nous accompagnent dans la manœuvre. Le temps de remonter le semi-rigide à bord, de lever l’ancre, le bateau fait demi tour en rasant les arbres et les rochers. L’aube nous envoie une légère clarté qui nous laisse discerner la passe de la sortie. Dehors le vent s’est calmé et le courant nous porte vers notre prochaine destination.

 

Beau temps sur la cordillère des Andes

 

16h00 Nous pénétrons dans le Seno Penguin l’eau est recouverte de glaçons. Le ciel est dégagé et l’on aperçoit la cordillère des Andes. Des sommets à plus de 4000 mètres et un plateau de glace appelé le Campo de Hielo (Patagonia Icecap) qui s’étend des latitudes 44°Sud au 51°Sud avec une largeur de 30 à 80 km. C’est de ce chapeau de glace que s’échappent les glaciers qui vêlent ces petits growlers dans les canaux.  Les dauphins nous escortent et se faufilent entre la glace.

 

Rocs et glaces

 

Les dauphins nous escortent depuis plusieurs jours

 

Le Seno Penguin rempli de glace

 

18h00 Nous empruntons le Paso del Indio. Dans quelques heures nous mouillerons à Puerto Eden, le village le plus isolé, le plus sauvage de la Patagonie.

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