17 Janvier : Fort Liberté

 

Nous franchissons la passe d’entrée, étroite et profonde, qui donne accès à la belle baie particulièrement bien protégée. Fort Dauphin, c’est ainsi que s’appelait la ville à l’époque où la colonie fut construite. Elle a été conçue comme un lieu stratégique capable d’accueillir de nombreuses troupes. 


 

 

Sur l’eau les barques à voile volent graciles

 

 

Depuis que nous sommes passés dans les eaux haïtiennes, il me semble que soudainement tout a changé, la lumière est plus douce, plus africaine, plus subtile, de belles barques en bois à rames et à voile glissent sur l’eau,  certaines sont calfatées avec du goudron pour recouvrer leur étanchéité, la poésie est bien là. 

 

 

 

Sur l’eau les barques à voile volent graciles

 

 

Je ne sais plus où donner de la caméra, tant chaque image est empreinte de force, chaque visage raconte une histoire. La misère, le sourire, la dignité face aux épreuves de la vie, l’espoir toujours et cette croyance attachée au corps qui prémunit contre l’adversité et la rudesse de la vie même quand les éléments se déchaînent. 

 
 

 

Belles barques à voiles, parfois colmatées avec du goudron

 

 

A peine l’ancre posée les frères Bienaimé s’arriment à notre bateau, Fifi et Désiré. On nous a dit qu’il y aurait une baleine dans la baie, je les interroge. « La baleine de 9 mètres s’est prise dans un filet, elle s’est échouée sur la plage et il a fallu la tuer », m’expliquent-t-ils. Nous l’avons enterré ce matin ajoute-t-il, c’est un animal sacré. Quelle tristesse, nous étions venus lui rendre visite. Elle avait dû se perdre. Sans doute une baleine à bosse qui aura égaré son troupeau, ses amies, les grandes voyageuses venues du Grand Nord se reproduire dans les eaux chaudes de la Samana. 

 
 

 

Belles barques à voiles, parfois colmatées avec du goudron

 

 

Nous débarquons. Bientôt, une dizaine de femmes à qui j’ai promis des médicaments et des vêtements nous suivent dans les rues, jusqu’à l’immigration. Les rues sont larges, poussiéreuses, brulées par le soleil. Suit une matinée à régler les problèmes de douanes et d’immigration. 3 heures au commissariat où j’ai le loisir d’étudier les cellules et l’insalubrité des lieux. 

 
 

 

Fort liberté, des rues poussiéreuses, brûlées par le Soleil

 

 

Je fais un rapide tour par le marché, j’achète quelques poissons à une des femmes puis je reviens au bateau rechercher ce que je leur ai promis. Elles m’attendent sur le ponton, leurs silhouettes furtives se dessinent en ombre chinoise dans la lumière de midi et je suis heureuse de pouvoir leur donner quelque chose, d’avoir cette chance. 

 
 

 

Fort liberté, des rues poussiéreuses, brûlées par le Soleil

 

 

Heureuse également d’être arrivée ici où tout m’inspire, où tout me parle, me touche. On nous met en garde contre le choléra qui sévit en ce moment, méfiance avec l’eau et les crudités, attention également au paludisme, nous sommes dans une région à risque. 


 

 

Silhouettes qui attendent l’équipage de Fleur australe à Fort Liberté

 

 

Le commissariat est infesté de moustiques, je fais rentrer les enfants au bateau et m’affaire à la préparation des poissons. Philou arrive un peu plus tard avec l’immigration et la police qui inspecte les lieux. Tout se passe sans trop de complications, ils quittent la Fleur après avoir admiré notre ouvrage sur le Grand Sud et c’est ensuite au tour des pêcheurs de venir s’amarrer à notre bateau. 

 

 

 

 

Nous levons l’ancre en milieu d’après midi pour rejoindre Cap Haïtien, nous n’avons pas vu la baleine qui est venue mourir dans les eaux d’Haïti, ici rien n’est facile, même pour les baleines. La vie est rude mais les bateaux volent sur l’eau, graciles et légers. 

 

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