20 Janvier : Mole Saint Nicolas, Haïti

 

Nous sommes à l'extrémité ouest de la péninsule nord. C'est ici que Christophe Colomb aurait accosté en 1492, le jour de la Saint Nicolas. Cette baie bien protégée, a été pendant longtemps la base des navires espagnols. Plusieurs forts ont été construits pour protéger les flottes de navires. Cuba n'est qu'à 40 milles et le canal qui sépare les deux îles se nomme le canal du vent, « Windward passage ». Point stratégique dans cette mer des Caraïbes d'où l'on pouvait surveiller le détroit. Les flibustiers et boucaniers basés à l'île de la Tortue, venaient souvent roder dans ces parages.

 

 

 

La belle coque grise attend les bras des hommes pour la redresser

 

 

Le décor est impressionnant avec des montagnes en étages, des lignes parallèles qui dessinent les flancs des collines. Il ne pleut que très rarement. Paysage aride fait de cactus, de buissons et d'herbes folles. Quelques cocotiers et bananiers cachent un petit cours d'eau venu des hauteurs. Seule oasis où l'homme a construit le village. Il y a beaucoup de bateaux, des pirogues, des canots de pêche et aussi quelques embarcations de transport. Ici on exporte du charbon de bois vers Port au Prince.

  

 

 

Philou aide à la manoeuvre pour redresser le bateau

  

 

 

Marion a fait une heureuse

 

 

A terre on a échoué l'un de ces gros bateaux, d'une quinzaine de mètres de long. Nous arrivons au moment où tous les hommes du village sont venus prêter main forte pour redresser la coque. Les marées étant absentes ou très faibles, il faut pour caréner et calfater le bateau, le tirer au sec. Il a d'abord été vidé entièrement de son leste, puis on l’a glissé sur des troncs d'arbres posés sous sa quille. Mais le flanc est encore dans l'eau, il faut maintenant le mettre debout pour accéder à la carène. Deux arbres à terre servent de point d'ancrage aux palans, où deux poulies d'un autre âge grincent à chaque hissage des hommes aux muscles tendus. C'est en coeur avec des chansons à hisser, dans le créole haïtien, que les hommes jettent leur corps dans un élan commun, les pieds bien ancrés dans le sable. Philou leur prête main forte. Petit à petit la coque se redresse. Le mat où les aussières sont amarrées, résiste, et dans un assaut final, la belle coque grise se dresse fièrement hors de l'eau, prête à recevoir les bons soins du charpentier marine. 

 

 

 

Les poupées de Fleur Australe font le bonheur des enfants de Carénage

 

 

 

Non loin, une autre coque prend forme, seules les membrures et la quille sont assemblées attendant les bordés. Les arbres sont rares dans cette région aride. Ils ont du venir de loin, de la montagne où subsiste encore quelques rescapés capables d'être débités, pour en faire un beau navire. Un autre bateau tire quelques bords sous voile. Il faut de la surface de voilure pour déplacer ces lourdes coques. Ici on ne connaît pas le moteur. C'est à la rame ou à la voile que chacun parcourt la baie. Il faut rentrer avant que le vent thermique ne soit trop fort et c'est très tôt le matin que les hommes partent à la pêche pour poser casiers et filets.

  

 

 

On est fier à Morne Saint Nicolas

 

 

 

La Fleur au mouillage

 

 

A peine le soleil sorti du fond de la lagune, une barque vient nous proposer langoustes et crabes. Nous ne pouvons résister à remplir une bassine contre quelques gourdes (monnaie locale) et le capitaine me demande gentiment un bout de pain car son estomac est encore vide. L'un d'eux me dit avoir perdu son masque de plongée et Philou part dans les soutes de Fleur Australe dénicher un masque de réserve. L'homme heureux de ce présent me gratifie d'un grand sourire et nous remercie chaleureusement. Si Haïti est pauvre, cet endroit reculé, éloigné, au bout de la péninsule est bien le reflet de cette île. Pauvreté mais gentillesse et dignité. 

 

 

 

Echange avec les enfants de l'école

 

 

 

Nous débarquons au village de Carénage et Marion a décidé de se séparer de son petit vélo. Il va faire une heureuse qui enfourche sans attendre, les pieds dans l'eau, sa belle monture. Notre guide nous fait visiter le village où seulement deux grandes familles vivent. Une petite école où 36 élèves de tous âges suivent des cours de français, créole, math et science. Nous leur rendons visite et profitons pour leur parler de notre voyage et de l'importance qu'il y a à préserver la mer qui borde leur île. Ici comme ailleurs trop de négligences, trop de plastiques partent à la mer. Le professeur leur traduit nos explications en créole qui reste la première langue. 

  

 

 

Une écolière bien élégante

 

 

 

Fleur Australe devant le village de Carénage

 

 

Les poissons se font rares dans la baie, et certaines personnes bienveillantes essayent d'instituer des règles, comme celle de la fermeture de la pêche à la langouste lors de la saison de reproduction entre avril et septembre. A la pointe, les coraux sont bien préservés, l'idée d'en faire une réserve serait une bonne chose. Le Mole Saint Nicolas nous offre un beau coucher de Soleil et nous laissons derrière nous des sourires et des mains qui s'agitent. 

 

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