23 Janvier : Pestel

 

Nous découvrons à mesure des heures que nos pirates ont pris beaucoup plus que nous l’imaginions, portables, argent, matériel de plongée… Ils ont tout saccagé, le bout de l’enrouleur du génois et celui de l’écoute de grand voile ont été sectionné et j’en passe. Nous sommes malgré tout accueillis à Pestel avec beaucoup de gentillesse. Nous tachons de rester positifs, ce qui n'est pas forcément facile pour l’équipage. Nous sommes devenus méfiants par la force des choses. On le serait à moins ! 

 

 

 

Pestel, niché entre deux mornes

 

 

Pestel a beaucoup de charme et les habitants sont joyeux. Le village est niché entre deux mornes. Je fais quelques photos mais je n’ai pas le cœur à l’ouvrage. Chaque photo est négociée et je trouve de l’agressivité là où je voyais de la fierté. Le consul qu’a contacté Titouan depuis Paris, nous met en garde au téléphone et par mails. Les actes de piraterie sont fréquents, dans le coin en particulier. Il prévient les autorités et prend régulièrement de nos nouvelles. 

 

 

 

Le port avec ses bateaux et ses pirogues

 

 

 

La jeunesse haïtienne

 

  

Nous faisons voile en début d’après-midi vers Abricot où nous avons rendez-vous avec une dame qui anime un groupe de femmes et fait de l’artisanat. Nous hésitons à nous y arrêter car cela reste dans la zone à risque, près de Jeremy mais nous décidons de nous tenir à notre programme. Nous repassons sur les lieux où se sont déroulés les actes de la veille avec une certaine appréhension puis relâchons vers 21h00 à Abricot. Le mouillage est terriblement rouleur et je dois dire que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, à l’affut du moindre bruit. Je pense qu’il en est de même pour Philippe qui s’est barricadé dans la timonerie, c'est certainement pareil pour Marie qui accuse également le coup. Même si je lui avais demandé de rester dans sa bannette la veille, elle a tout entendu et assisté à une partie du « show ».

 

 

 

Le port de Pestel bien abrité avec ses maisons sur l'eau

 

 

Je la sens très affecté et inquiète, même si elle donne le change avec courage. Les enfants quant à eux ne semblent pas perturbés. Ils ont le sommeil lourd et ne se sont réveillés qu’en fin de nuit. Seule Marion simulait le sommeil lorsqu’ils m’ont obligé à allumer la lumière pour vérifier la bannette des enfants, elle parle de l’homme à la moustache avec la mitraillette. Triste épisode ! 

 

 

 

Des couleurs éclatantes

 

 

 

Une vieille femme transporte du charbon de bois

  

 

Au petit matin, la nuit rouleuse s’est déroulée sans encombres, les pêcheurs tout sourire, viennent nous dire bonjour. Ils nous racontent qu’à cause du mauvais temps, un bateau américain s’est retrouvé à la côte, non loin d’ici, il s’est aussitôt fait totalement dépouillé par des pirates et sa carcasse est encore sur la plage. Je ne sais pas précisément ce qu’il est advenu de l’équipage, c’est assez flou. Je pense au journal de Christophe Colomb lorsqu’il débarque en Haïti  près du môle Saint-Nicolas, au mois de décembre 1492, il est subjugué par les autochtones : « Je crois qu'il n'y a pas meilleures gens, ni meilleure terre, écrit-il aux souverains espagnols, ils aiment leurs prochains comme eux-mêmes et leur langue est la plus douce du monde ». 

 

 

 

Les élèves en uniforme sont joyeux à la sortie de l'école

 

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