26 janvier : Port Salut

 

Nous sommes au mouillage à Port Salut. Il est 2h00 du matin. Depuis le triste épisode je ne ferme plus l’œil la nuit. Impossible de trouver le sommeil. Il est vrai que les mouillages sont particulièrement rouleurs mais ce n’est pas la raison. Je passe la nuit, à veiller sur ma tribu, raquette électrique en main, j’extermine tous les malheureux moustiques qui pénètrent dans le bateau. Un véritable massacre ! Ca occupe ! Et gare aux intrus, tel un Terminator, je suis prête à les électrocuter sur le champ. Trêve de plaisanteries, je suis à l’affut du moindre bruit, j’entends des voix, et quand je m’endors, ce qui finit par m’arriver au petit matin quand il est l’heure de se lever, c’est la voix du chef de bande qui me revient sans cesse, ses hurlements et son regard de fou. Pourtant je suis du genre à passer vite à autre chose et j’y arrive plutôt bien la journée ne serait-ce que pour nos enfants, nous évitons de revenir sur ces évènements mais la nuit tout me revient en mémoire et je ne parviens pas à trouver la sérénité. 

 



 

Port Salut : nous à l'extrémité de la Péninsule sud d'Haiti. Ici nonchalence et tranquilité.

 

 

Je veille et fais des allers retours permanents sur le pont. Le capitaine me dit que cela ne va pas nous arriver deux fois mais je ne suis plus en confiance dû tout dans ces eaux et je dois dire que j’ai hâte de quitter le pays. Hier en milieu de nuit alors que je somnolais enfin, la VHF que Philou avait oublié d’éteindre s’est mise soudainement à parler, j’ai fait un bond dans ma bannette, me suis cognée à la coque et j’ai fini par terre. Nous n’avons pas d’arme à bord de Fleur Australe, nous n’en avons jamais eu, à part dans le Passage du Nord Ouest, une carabine achetée au Groënland pour se défendre contre les ours en cas d’attaque. On s’en est débarrassé dès que possible. C’est peut être parce qu’il a opposé résistance aux pirates en sortant son arme que Sir Peter Blake s’est fait abattre, nous n’en saurons jamais rien mais c’est ce qui se dit. Philou a son fusil de chasse sous marin et moi ma raquette à moustiques, les pirates n’ont qu’à bien se tenir. De toute façon, il n’y a plus grand chose à prendre ! 




 

Enfin un peu de tranquilité après les jours difficiles

 

 

Demain nous ferons une halte à l’Île à Vache après une bonne nuit de navigation puis nous irons sur Jacmel, d’où je filerai sur Port au Prince pour échanger avec les élèves de primaire et secondaire. Le capitaine devait m’accompagner mais en raison des circonstances, il ne laissera pas Fleur Australe seule. Ce sera notre dernière escale en Haïti avant de mettre les voiles en direction de la Jamaïque.




 

Les hommes tirent le filets pendant que les enfants jouent sur la plage

 

Les 100 derniers billets du Carnet de bord